Enfin publié dans la collection-série « Pour les Nuls » (= for the dummies) :


La bibliothèque pour les Nuls

 

Bibliothèque Angellier

 

I -VOCABULAIRE (lexique bilingue) français-languedebibliothécaire
On n’insistera jamais assez sur le pouvoir et au sentiment de supériorité que les mots qui sortent de l’ordinaire donnent aux gens qui les utilisent, à ces « happy few » qui sont les seuls à les connaître (cf. vocabulaire des huissiers, avocats, médecins, administration…).

II – Règlement de bibliothèque dans un monde enfin parfait
et le pastiche de réglement de Bibliothèque conçu par Umberto Eco.

 

 

 

 

I – LEXIQUE BILINGUE

Un livre : une monographie

Une revue : un périodique (plus chic : une ressource continue)

Un classeur : une publication à feuillets mobiles (plus chic : une ressource intégratrice)

Une feuille : un support papier

Une image :une image fixe

Une gravure : une estampe

Un disque : un document sonore

Une partition : une musique imprimée

Un film : une image animée [au singulier]

Un dictionnaire : un ouvrage de référence

Un livre d’histoires : une fiction

Un livre sérieux : un documentaire

Un livre + un cédérom : un document multimédia

Le cédérom qui va avec le livre : le matériel d’accompagnement

Le code qui sert pour le rangement : la classification [à ne pas confondre avec l’indexation, même quand c’est la même chose]

Un texte tapé à la machine : un tapuscrit

Une copie : un document de substitution

Un microfilm : un support de substitution

Une vieillerie quelconque : un document patrimonial

Un livre très gros, très lourd : un in-folio maximo

N’importe quoi relié ensemble : un recueil factice

Un cadeau de retraite : un mélanges [au pluriel]

Un livre volé : un manquant (plus chic : un disparu sans fantôme)

Qui y vient : les publics

Un lecteur : un usager [attention à l’orthographe]

Les enfants : le public jeunesse [quand la bibliothèque est ouverte]. Les scolaires [quand la bibliothèque a l’air fermée]

Les adolescents : les publics difficiles

Quelqu’un qui ne vient jamais : un non-fréquentant

Quelqu’un qui voudrait bien pouvoir venir : un public empêché

Quelqu’un qui va aussi dans d’autres bibliothèques : un multifréquentant

Ce qu’on y fait et où on le fait : les pratiques et les espaces

Les renseignements : la banque d’accueil

Le bibliothécaire à la banque d’accueil : le président de salle

Ce qu’il fait : le service public

L’endroit où on fait la queue : la banque de prêt

Le catalogue : l’Opac [comme son nom l’indique, l’Opac est la version claire du catalogue, celle que vous pouvez comprendre tout seul. Sinon, on dit : le module catalogue du SIGB. Totalement inaccessible aux non-initiés]

Le coin journaux : l’espace d’actualités

La bibliothèque des enfants : la section jeunesse

La discothèque : l’espace musique

La salle de lecture : la bibliothèque d’étude et de recherche

La réserve : le fonds patrimonial

Les documents sur la région : le fonds local

Les expositions : la valorisation

Les conférences : les animations

Un fauteuil : une chauffeuse

La cafétéria : l’espace de convivialité

Mais que font-ils quand vous n’êtes pas là ?

Le traitement documentaire

Choisir des livres : la sélection documentaire

Acheter des livres : les acquisitions [les acquis’ pour les intimes, se passent au département des entrées où travaillent les acquéreurs]

Pointer : bulletiner

Étiqueter : ronder

Plastifier : filmoluxer

Poser un code-barres : exemplariser

Décrire les livres : cataloguer [les catalogueurs produisent des notices catalographiques (sur écran) ou des pavés ISBD (sur carton)]

Trier : désherber

Quelques exemples de bibliothèques

Beaubourg : la BPI

La TGB : la BnF

Une bibliothèque universitaire : un SCD

Une bibliothèque qui prête des disques : une discothèque [il est rare qu’on puisse y danser]

Une bibliothèque qui a autre chose que des livres : une médiathèque [attention, piège ! Une médiathèque peut aussi offrir des documents multimédias, mais on ne dit pas une multimédiathèque. Et une bibliothèque qui est une médiathèque peut s’appeler quand même bibliothèque. Il peut même être considéré comme ringard de la traiter de médiathèque. Soyez prudent]

Les autres bibliothèques de la ville : le réseau

La plus grosse bibliothèque : la centrale

Les bibliothèques des quartiers : les annexes

La petite bibliothèque en construction dans votre village : la ruche

Je vous ai emprunté ce DVD, mais je n’ai pas pu le lire.
J’ai accès au support, mais pas au contenu.

 

Oui, je rends mes livres en retard, mais c’est parce que j’étais à l’hôpital.
Le blocage de ma carte est dû à un passage involontaire dans la catégorie des publics empêchés.

 

Vous avez beaucoup de choses sur le sujet, mais vous n’avez pas tout.
On voit que vous êtes pôle de ressources, mais pas pôle d’excellence.

 

J’ai besoin de consulter la quatorzième édition du « Manuel de droit du travail » de Lyon-Caen et Pélissier. Il me faut absolument cette édition-là et pas une autre.
ISBN 2-247-00944-1

 

Savez-vous par hasard où je pourrais retrouver « Les Aventures de Totochon » ? J’adorais ce livre quand j’étais petite et j’aimerais tant le faire lire à ma petite-fille.
La région a-t-elle un plan de conservation partagée des fonds jeunesse ?

 

 

Quel dommage ! Vous avez jeté les mémoires de Pétunia, cette merveilleuse chanteuse qui a bercé ma jeunesse.
Je trouve que vous avez fait un pilon un peu sévère dans les 780 !

 

Avez-vous des romans Harlequin ?
Quelque sensible que je puisse être aux débats en cours sur la légitimité culturelle des romans sentimentaux produits en série, je n’en suis pas moins curieux(se) de savoir s’ils sont pris en compte dans votre politique documentaire.

 

Attention aux faux amis !

Ce que votre bibliothécaire dit : Cette autorité auteur n’a pas été validée.
Ce que vous croyez qu’il veut dire : Il parle du livre de l’ancien ministre (celui qui a été battu aux élections).
Ce qu’il veut réellement dire : La BnF a décidé que cet auteur n’existait pas.

 

Ce que votre bibliothécaire dit : Si on me cherche, je suis dans les magasins.
Ce que vous croyez qu’elle veut dire : Encore une qui fait les soldes !
Ce qu’elle veut réellement dire : Je descends dans les sous-sols [aussi, c’est une drôle de tenue pour faire du shopping].

 

Ce que votre bibliothécaire dit : Nous préparons la conversion rétrospective du fichier auteur, alors nous sommes un peu obsédés par tous ces dollars.
Ce que vous croyez qu’il veut dire : Ils ont vendu très cher leur fichier à une Église américaine qui rebaptise les morts (en échange, l’Église américaine offre le microfilmage du fichier).
Ce qu’il veut réellement dire : Ils vont informatiser leur vieux fichier sur carton [et bien que ça coûte très cher, les dollars en question n’ont rien à voir avec l’argent].

 

Ce que votre bibliothécaire dit : Je ne veux pas qu’on me dérange quand je collationne les signatures !
Ce que vous croyez qu’il veut dire : Il vérifie les formulaires d’inscription et les chèques de caution.
Ce qu’il veut réellement dire : Il compte les pages d’un livre ancien [et maintenant, à cause de vous, il va devoir tout recommencer].

 

Ce que votre bibliothécaire dit : Nous allons fermer pour inventaire.
Ce que vous croyez qu’il veut dire : Ils vont fermer le 31 décembre.
Ce qu’il veut réellement dire : Ils vont fermer trois semaines. Maintenant.

 

Ce que votre bibliothécaire dit : Tous les mardis matin, nous faisons du récolement.
Ce que vous croyez qu’il veut dire : Ils recollent les pages déchirées.
Ce qu’il veut réellement dire : Ils comptent les livres volés. Pardon, les disparus sans fantôme.

 

Ce que votre bibliothécaire dit : Et le mercredi, pendant la fermeture, je désherbe, épi par épi.
Ce que vous croyez qu’il veut dire : Il raconte ses RTT à son collègue.
Ce qu’il veut réellement dire : Il enlève les livres qui ne servent plus [c’est pour ça que vous n’avez pas retrouvé le livre de Pétunia.].

 

Ce que votre bibliothécaire dit : Ce n’est même pas une tête de vedette !
Ce que vous croyez qu’il veut dire : Il feuillette la presse people avec son jeune collègue. Pourtant, la semaine dernière ils prétendaient que la presse people était « en dehors des frontières documentaires de notre réseau. »
Ce qu’il veut réellement dire : Le jeune collègue a commis une grosse faute de syntaxe [bibliothéconomiquement parlant].

 

Adapté d'un document rédigé par Noëlle Balley.

 

II Réglements (à afficher un 1er avril !)

 

Comment organiser une bibliothèque publique

1. Les catalogues seront subdivisés au maximum : on veillera à séparer le catalogue des livres de celui des revues, et ceux-ci du catalogue par matières, ainsi que les ouvrages d’acquisition récente des ouvrages d’acquisition plus ancienne. Si possible, l’orthographe de ces deux derniers catalogues sera différente ; par exemple, le mot hiérarchie prendra un H initial dans les acquisitions récentes et un I dans les acquisitions anciennes ; dans les acquisitions récentes, Tchaïkovski s’écrira avec C, tandis que les acquisitions anciennes l’écriront à la française, avec Tch.
2. Les matières seront définies par le bibliothécaire. Les livres ne porteront pas sur le colophon une indication sur les sujets sous lesquels ils sont répertoriés.
3. Les cotes seront intranscriptibles, si possible interminables, afin que le lecteur n’ait jamais la place d’inscrire sur sa fiche la dernière indication qu’il croit sans importance ; ainsi, le magasinier pourra lui restituer la fiche incomplète pour qu’il la remplisse à nouveau.
4. Le temps d’attente entre demande et remise des livres sera très long.
5. On ne donnera jamais plus d’un ouvrage à la fois.
6. Les livres demandés au moyen d’une fiche et remis par le magasinier ne pourront être emportés en salle de consultation ; ainsi, il faudra partager sa vie en deux temps fondamentaux, celui de la lecture et celui de la consultation. La bibliothèque découragera la lecture croisée de plusieurs livres, cela risquant de provoquer de dangereux strabismes.
7. Autant que faire se peut, les photocopieuses brilleront par leur absence ; au cas où il en existerait une, son accès sera une entreprise longue et laborieuse, son coût sera supérieur à celui des papeteries, et tout tirage limité à deux ou trois pages.
8. Le bibliothécaire considérera le lecteur comme un ennemi, un fainéant (sinon, il serait au travail), un voleur potentiel.
9. Le bureau de renseignements sera inaccessible aux lecteurs.
10. Tout sera mis en œuvre pour décourager le prêt.
11. Le prêt inter-bibliothèques sera impossible, ou en tout cas il prendra des mois. Mieux vaut garantir l’impossibilité de connaître le contenu des autres bibliothèques.
12. En conséquence de tout ce qui précède, les vols seront très faciles.
13. Les horaires coïncideront absolument avec ceux du travail, établis après accord préalable avec les syndicats : fermeture totale le samedi, le dimanche, le soir et aux heures des repas. Le pire ennemi de la bibliothèque est l’étudiant salarié ; son meilleur ami, l’érudit local, celui qui a sa bibliothèque personnelle, n’a donc aucun besoin de venir à la bibliothèque et qui, à sa mort, léguera tous ses livres.
14. Il sera impossible de se restaurer à l’intérieur de la bibliothèque, de quelque manière que ce soit ; il sera tout aussi impossible de se restaurer à l’extérieur de la bibliothèque sans avoir déposé au préalable tous les livres reçus en prêt, si bien qu’on sera obligé de les redemander après être allé prendre un café.
15. Il sera impossible de réserver son livre pour le lendemain.
16. Il sera impossible de savoir qui a emprunté le livre manquant.
17. Autant que faire se peut, pas de toilettes.
18. Idéalement, l’usager devrait être interdit de bibliothèque ; en admettant qu’il puisse y pénétrer – jouissant de manière pointilleuse et antipathique d’un droit obtenu en vertu des principes de 89 mais qui reste encore étranger à la sensibilité collective -, en tout état de cause il ne doit et ne devra jamais, sauf à traverser rapidement les salles de consultation, avoir accès aux arcanes des travées.

NOTE RÉSERVÉE. L’ensemble du personnel sera physiquement diminué car il est du devoir d’un service public d’offrir des emplois aux citoyens porteurs d’un handicap (on étudie actuellement l’extension d’une telle obligation au Corps des Pompiers). Avant tout, le bibliothécaire idéal devra boiter afin d’allonger le temps s’écoulant entre le prélèvement d’une fiche de demande, la descente aux souterrains et le retour. Quant au personnel chargé de grimper aux échelles donnant accès aux rayonnages les plus élevés, à huit mètres de haut, il est fortement recommandé de remplacer leur bras manquant par une prothèse munie d’un crochet, et ce pour d’évidentes raisons de sécurité. Le personnel totalement dépourvu de membres supérieurs remettra l’ouvrage en le tenant entre les dents (une telle disposition risque toutefois d’empêcher la remise de volumes supérieurs au format in octavo).

Umberto Eco. Comment voyager avec un saumon. Nouveaux pastiches et postiches. (Grasset, 1997)

 

Autre réglement (celui dont rêvent les bibliothécaires)

Article 1 :
Il est interdit d¹emprunter un document sans autorisation expresse du personnel. Celui-ci devra évaluer le degré de pertinence du choix du lecteur en fonction de son âge, son sexe, son origine ethnique et le cas échéant lui proposer un autre choix.

 
Article 2 :
Tout lecteur rendant un livre emprunté sans établir une fiche de lecture établie selon les normes internationales se verra retirer son droit de prêt.
 
Article 3 :
Il est formellement interdit de lire à voix haute un texte dans l'enceinte de la bibliothèque pour respecter la tranquillité publique.
 
Article4 :
Tout rassemblement de plus de trois personnes est interdit dans un but de préserver le calme et la tranquillité afférents à un lieu public.
 
Article5 :
Toute tentative de séduction d'un(e) autre lecteur(trice) par un(e) autre lecteur(trice)dans la bibliothèque est formellement interdite de même que tout attouchement du type baiser ou salut par serrage de main , la bibliothèque devant respecter les bonnes moeurs.
 
Article6 :
Pour éviter que la bibliothèque ne devienne un lieu de rendez vous au profit d'activités subversives ou immorales, les coordonnées topographiques de celles-ci seront tenues secrètes. Une commission de travail internationale sous l'égide des institutions internationales est chargée de supprimer toute référence à une bibliothèque sur les cartes et plans.
 
Article7 :
Tout nouveau lecteur se verra remettre une liste de 100 ouvrages validée par une commission internationale dans un but d'assurer l'égalité de tous devant le service public. Ce n'est qu'une fois un exposé écrit comportant des résumés des textes proposés que le lecteur recevra sa carte définitive d¹admission. Il va de soi que par souci de venir en aide aux plus défavorisés l'inscription est gratuite et obligatoire après avoir accompli cette dissertation.
 
Article8 :
Tout lecteur surpris dans l'enceinte de la bibliothèque à échanger des propos irrévérencieux sur un document choisi par les professionnels bibliothécaires sera exclu immédiatement et sans possibilité de faire appel.


Article9 :
Les lecteurs s'adresseront exclusivement au personnel ayant un diplôme universitaire de niveau 3 (minimum DUT) dans le domaine du livre. Le personnel non titulaire d'un diplôme de ce niveau ne pourra en aucun cas communiquer au public des renseignements concernant le fonds. Cette mesure s'impose pour garantir la fiabilité et l'excellence du service public. Le personnel diplômé est muni d'un badge représentant un petit livre rouge, alors que le personnel non diplômé bénéficie d'une étoile jaune.
 
Article10 :
Tout manquement au règlement de la part d'un lecteur sera suivi de l'exclusion immédiate et sans préavis. Le lecteur exclu portera un tampon indélébile vert  sur la joue pour qu'il ne puisse pas se réinscrire dans un autre établissement. La pose de ce tampon sera effectuée en présence d’un agent de la force publique.
 
 
Article11 :
Le personnel de la bibliothèque sera chargé de faire appliquer ces directives. Au cas où il ne serait pas en accord avec un seul des articles ci-dessus mentionnés, celui-ci se verra  par lettre recommandée déplacé dans un autre service moins stratégique pour la défense de l'ordre moral et économique de la nation.

 

 

Ces documents ont été piratés en divers endroits, nous ne rendrons pas à César ce qui est à César.
Merci quand même à leurs auteurs.