DESS de l'UFR Angellier

 

EXAMENS d'entrée juin 2004

 

 

DESS Option Traduction et Adaptation Cinématographique

Thème

Spécialisation MéLexTra
option Traduction et Adaptation Cinématographique (TAC)
Examen d’entrée en deuxième année
16 juin 2004
Thème
durée 2 heures, aucun document autorisé


[N. B. La scène se passe en 1832]

La loge de Frédérick Lemaître au théâtre des Folies-Dramatiques


Dans ce bric-à-brac désordonné qui hésite entre la chambre de coquette et le magasin des accessoires, Frédérick s'approche de sa table à maquillage et découvre Précieuse en train de fouiller ses tiroirs.

FRÉDÉRICK. Qu'est-ce que tu fais ?
PRÉCIEUSE. Je... (Crânement.)... Je fouillais tes tiroirs, je lisais les lettres de femmes pour savoir si tu me trompes.
FRÉDÉRICK. Affirmatif. Tu es rassurée ?
PRÉCIEUSE. Oh!
FRÉDÉRICK. Regarde plutôt dans le coffret vert. L'argent est là.
Il l'ouvre et en sort des billets qu'il pose sur la table. Précieuse rougit.
PRÉCIEUSE. Je suis un peu à court en ce moment.
FRÉDÉRICK. Certainement pas à court d'idées. Prends.
PRÉCIEUSE (se servant). Frédérick, changeons vite de pièce, dans celle-ci je n'ai rien à jouer.
FRÉDÉRICK (sincère). Mais si, c'est un très beau rôle : je te parle tout le temps.
PRÉCIEUSE. Je te dis que c'est un rôle ingrat.
FRÉDÉRICK. Il faut dire que tu ne fais rien pour lui. Tu entres en scène comme dans une salle de bal, tu montres que tu as une jolie voix, une poitrine coquine, une taille bien prise... tu fais la belle mais tu ne joues pas.
A cet instant, on entend le régisseur frapper le sol du couloir avec un bâton.
LA VOIX D'ANTOINE LE RÉGISSEUR. Mademoiselle George! Mademoiselle George!
Mlle George entre dans la loge de Frédérick.
MLLE GEORGE. Dis-moi, Frédérick, as-tu songé à ce que je t'ai dit? As-tu relu Cléopâtre ? (Elle découvre la présence de Précieuse.) Bonsoir, Précieuse.
PRÉCIEUSE (pincée). Bonsoir, madame.
MLLE GEORGE (à Frédérick). Vingt ans ou la Vie d'un malheureux ne nous mènera plus bien loin. Il faudrait répéter autre chose.
FRÉDÉRICK. On m'a envoyé une pièce sur Charles II.
MLLE GEORGE. Mmm... Et Cléopâtre ?
PRÉCIEUSE. Avec vous ?
MLLE GEORGE. Evidemment.
PRÉCIEUSE. Le public a envie d'héroines... jeunes... et désirables.
MLLE GEORGE. Mon petit, ne soyez pas trop infatuée de votre jeunesse. C'est un bien transitoire, la jeunesse. Ça passera. Quoi que vous fassiez, ça passera. Au contraire, plus vous essaierez de la retenir, plus elle vous glissera entre les mains. (Elle la regarde avec aplomb.) Dans quelques années, vous serez pathétique, ma chère Précieuse, vous serez la vieille qui veut faire jeune. (A Frédérick.) Moi, je n'ai jamais eu peur de vieillir car je n'ai jamais été une jeune fille ; chez moi, la jeunesse était une erreur. (A Précieuse.) Par contre, j'avais l'essentiel : le talent.
PRÉCIEUSE. Vous verrez... lorsque je reprendrai vos rôles !
FRÉDÉRICK. Précieuse, je t'en prie!
MLLE GEORGE. Non, ne la critique pas. Cette enfant travaille avec ses petits moyens. Lorsqu'elle entre en scène, le public soupire : «Qu'elle est belle», certes, mais il ne le dit qu'une fois, et après dix minutes il l'a totalement oubliée. Tandis que moi, lorsque j'arrive sur les planches, on ne dit rien ; mais lorsque j'en sors, le public hurle : «Qu'elle est belle» ; et plus d'une fois ; et il s'en souvient longtemps.
PRÉCIEUSE. Vous étouffez de jalousie parce que j'ai les yeux violets.
MLLE GEORGE. Dommage que vous n'en ayez que deux! (Elle crie.) Régisseur!
Antoine apparaît immédiatement et se met à frapper le sol.
ANTOINE LE RÉGISSEUR. Mademoiselle George! Mademoiselle George!
PRÉCIEUSE. Vous n'êtes pas belle!
MLLE GEORGE (royale). Je suis belle quand je veux !
Elle sort, majestueusement, laissant Précieuse ivre de rage.

Frédérick ou le boulevard du crime, Eric-Emmanuel Schmitt, 1998

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The picture fades to black. When the action resumes, it is morning. A tight shot of Martin's face shows him to be asleep, his head resting on a pillow. Sunlight pours through the slatted shutters, and as we watch him open his eyes and struggle to wake up, the camera pulls back to reveal something that cannot be true, that defies the laws of common sense. Mrurtin has not spent the night alone. There is a woman in bed with him, and as the camera continues dollying back into the room, we see that she is asleep under the covers, curled up on her side and turned toward Martin-her left arm flung casually across his chest, her long dark hair spilling out over the adjacent pillow. As Martin gradually emerges from his torpor, he notices the bare arm lying across his chest, then realizes that the arm is attached to a body, and then sits. up straight in bed, looking like someone who's just been given an electric shock.

Jostled by these sudden movements, the young woman groans, buries her head in the pillow, and then opens her eyes. At first, she doesn't seem to notice that Martin is there, Still groggy, still fighting her way into consciousness, she rolls onto her back and yawns. As her arms stretch out, her right hand brushes against Martin's body. Nothing happens for a second or two, and then, very slowly, she sits up, looks into Martin's confused and horrified face, and shrieks. An instant later, she flings back the covers and bounds from the bed, rushing across the room in a frenzy of fear and embarrassment. She has nothing on. Not a stitch, not a shred, not even the hint of an obscuring shadow. Stunning in her nakedness, with her bare breasts and bare belly in full view of the camera, she charges toward the lens, snatches her bathrobe from the back of a chair, and hastily thrusts her arms into the sleeves.

It takes a while to clear up the misunderstanding. Martin, no less vexed and agitated than his mysterious bed partner, slides out of bed and puts on his pants, then asks her who she is and what she's doing there. The question seems to offend her. No, she says, who is he, and what is he doing there? Martin is incredulous. What are you talking about? he says. I'm Martin Frost-not that it's any of your businessand unless you tell me who you are right now, I'm'going to call the police. Inexplicably, his statement astonishes her. You're Martin Frost? she says. The real Martin Frost? That's what I just said, Martin says, growing more peevish by the second, do I have to say it again? It's just that I know you, the young woman replies. Not that I really know you, but I know who you are. You're Hector and Frieda's friend.

How is she connected to Hector and Frieda? Martin wants to know, and when she informs him that she's Frieda's niece, he asks her for the third time what her name is. Claire, she finally says. Claire what? She hesitates for a moment and then says, Claire . . . Claire Martin. Martin snorts with disgust. What is this, he says, some kind of joke? I can't help it, Claire says. That's my name.

And what are you doing here, Claire Martin?

Paul AUSTER..The Book of illusions (2002)

 

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MASTER “Langues, cultures et interculturalité”
Spécialisation MéLexTra
option Traduction et Adaptation cinématographique (TAC)
Examen d’entrée en deuxième année
16 juin 2004
Épreuve de connaissances générales en cinéma
QCM
Durée : 1h 30


Une seule réponse possible par question.
Entourez la lettre correspondant à votre choix.
Aucun document n’est autorisé.

1. Dans un plan américain le personnage est cadré
a. à mi-cuisse
b. en pied
c. à la taille

2. La Prisonnière du désert (1956) est la traduction d’un titre de film de John Ford. Il s’agit de
a. She Wore a Yellow Ribbon
b. The Searchers
c. Stagecoach

3. Dans A Bout de souffle de Jean-Luc Godard (1959), le protagoniste Michel Poiccard, interprété par Jean-Paul Belmondo, est fasciné par l’acteur
a. John Wayne
b. Humphrey Bogart
c. Robert Mitchum

4. Le procédé de cinéma en couleurs Technicolor a été utilisé pour la première fois commercialement en
a. 1929
b. 1941
c. 1935

5. Quel est le réalisateur du classique soviétique La Mère (1926) ?
a. Serguei Eisenstein
b. Vsevolod Poudovkine
c. Lev Koulechov

6. Lorsqu’un personnage est filmé en contreplongée la caméra se trouve
a. plus haut que lui
b. plus bas que lui
c. derrière lui

7. Lequel de ces trois films n’a pas été réalisé par Wong Kar-wai ?
a. Happy Together
b. Les Anges déchus
c. Shanghai Triad

8. La caméra nous montre une pièce vide. Par la fenêtre entr’ouverte on entend une chanson qui provient d’une radio du voisinage. Il s’agit
a. d’un son off
b. d’une musique d’écran
c. d’une musique de fosse


9. Dans quel film de Ken Loach des parents s’endettent-ils pour acheter une robe de communion à leur fille ?
a. Family Life (1971)
b. Looks and Smiles (1981)
c. Raining Stones (1993)

10. D. W. Griffith raconte quatre histoires, appartenant à quatre époques différentes, en utilisant un montage parallèle dans
a. Intolerance (1916)
b. The Birth of a Nation (1915)
c. Orphans of the Storm (1922)

11. L’Image-Mouvement et L’Image-Temps sont des ouvrages de théorie du cinéma dont l’auteur est
a. Gilles Deleuze
b. André Bazin
c. Serge Daney

12. On parle de “coupe franche” lorsque
a. deux plans sont montés cut
b. deux plans sont séparés par un plan de coupe
c. une partie de l’action a été omise

13. Robert Bresson est un
a. acteur
b. réalisateur
c. critique de cinéma

14. Quelle comédie musicale inclut une parodie de film noir et un pas de deux dans Central Park dansé par Fred Astaire et Cyd Charisse ?
a. The Band Wagon (Vincente Minnelli, 1953)
b. Brigadoon (Vincente Minnelli, 1954)
c. The Gay Divorcee (Mark Sandrich, 1934)

15. Les textes qui remplacent les dialogues dans les films muets sont des
a. plans de coupe
b. commentaires
c. intertitres

16. L’oeuvre néoréaliste Le Voleur de bicyclette (1948) est un film de
a. Vittorio De Sica
b. Michelangelo Antonioni
c. Roberto Rossellini

16bis. Michelangelo Antonioni et Woody Allen ont en commun
a. l’amour des décors urbains
b. le chef-opérateur Carlo di Palma
c. le chef-opérateur Michael Ballhaus

17. Le festival de Créteil est un un festival de
a. film fantastique
b. cinéma documentaire
c. cinéma féminin

18. Lequel de ces films hollywoodiens n’est pas un “film noir” ?
a. Double Indemnity (Billy Wilder, 1944)
b. Laura (Otto Preminger, 1944)
c. The Magnificent Ambersons (Orson Welles, 1942)


19. L’Occident découvrit véritablement le cinéma japonais au Festival de Cannes 1950 avec Rashomon, un film de
a. Kenji Mizoguchi
b. Akira Kurosawa
c. Yasujiro Ozu

20. Titicut Follies (1967) est un documentaire de Frederick Wiseman sur
a. l’architecture des jardins anglais du XVIIIe siècle
b. une prison psychiatrique du Massachusetts
c. l’entrepreneur des extravagants spectacles de Broadway Leonard Ziegfeld

21. Le chef-opérateur de Citizen Kane (Orson Welles, 1941) est
a. Stanley Cortez
b. Gregg Toland
c. Russell Metty

22. Un “storyboard” est
a. un découpage dessiné d’un film ou d’une scène
b. à l’origine, un carton distribué aux acteurs qui résume en images une scène à tourner
c. la version du scénario utilisée pour le tournage

23. Un “dolly shot” est
a. un mouvement de grue
b. un travelling
c. une plongée

24. La “grande syntagmatique” est un tableau des grandes unités de montage repérables dans la bande-image d’un film, élaboré sur le modèle de la linguistique structurale par
a. Roland Barthes
b. Jean-Luc Godard
c. Christian Metz

25. Singin’ in the Rain (Gene Kelly, Stanley Donen, 1952)
a. se déroule à l’époque de la transition du muet au parlant
b. conte l’aventure de trois marins à New York
c. utilise pour l’un de ses décors une célèbre boutique de parapluies

26. Le logo du studio R.K.O. est
a. une montagne
b. une statue de femme
c. un globe terrestre

27. Dans quel film de François Ozon Charlotte Rampling ne joue-t-elle pas ?
a. Sous le sable (2000)
b. Huit femmes (2002)
c. Swimming Pool (2003)

28. La fameuse réplique d’Arletty à Jean Gabin : “Atmosphère ? Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?” se trouve dans un film de Marcel Carné. Il s’agit de
a. Hôtel du Nord (1938)
b. Drôle de drame (1937)
c. Le Jour se lève (1939)

29. Un “regard-caméra” est
a. une figure interdite par le cinéma classique
b. un plan des yeux d’un acteur qui regarde quelqu’un/quelque chose
c. un terme qui fait référence à la présence d’une caméra subjective

30. Eisenstein fait alterner des images du massacre des ouvriers par les troupes du tsar avec celles d’animaux égorgés dans les abattoirs dans
a. Le Cuirassé Potemkine (1925)
b. La Grève (1924)
c. Octobre (1927)

31. Dans quel film réalisé dans les studios d’Ealing Alec Guinness incarne-t-il les huit victimes ?
a. Noblesse oblige (Robert Hamer, 1949)
b. Tueur de dames (Alexander Mackendrick, 1955)
c. L’Homme au complet blanc (Alexander Mackendrick, 1951)

32. Parmi ces trois noms, l’un n’est pas celui d’un réalisateur fer de lance du nouveau cinéma coréen. C’est
a. Hong Sang-so
b. Park Chan-woo
c. Choi Min-sik

33. Dans lequel de ces films d’Alfred Hitchcock James Stewart ne joue-t-il pas ?
a. Vertigo
b. Suspicion
c. Rear Window

34. Aux États-Unis il y a un festival de cinéma français à
a. Saratoga
b. Sundance
c. New York

35. Peter Weir n’a pas réalisé
a. A Stranger among Us
b. The Truman Show
c. Witness

36. La réalisatrice Jane Campion est
a. australienne
b. néo-zélandaise
c. sud-africaine

38. La Grande Illusion de Jean Renoir, dont l’action se déroule pendant la Première guerre mondiale, date de
a. 1937
b. 1938
c. 1939

39. Si vous souhaitez rencontrer Francis Coppola, promenez-vous à Saint-Germain-des-Prés, rue de Seine, et vous le verrez peut-être attablé à une terrasse, en train d’annoter un script. Le dernier film qu’il a réalisé est
a. Dracula
b. The Secret Garden
c. The Rainmaker


40. Citez deux films de Stephen Frears

Réponses :

1a

2b

3b

4c

5b

6b

7c

8b

9c

10a

11a

12a

13b

14a

15c

16a

16bisb

17c

18c

19b

20b

21b

22a

23a

24c

25a

26c

27b

28a

29a

30b

31a

32c

33b

34a

35a

36b

38a

39c

40 My Beautiful Laundrette, The Snapper, The Van, High Fidelity, Dirty Pretty Things, Mary Reilly, The Hi-Lo Country, Dracula, Dangerous Liaisons, Sammy & Rosie Get Laid, Prick up your Ears, etc.

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DESS Traduction juridique, économique et technique (JET)

 

MASTER « Langues, cultures et interculturalité »
Spécialisation MéLexTra
option Traduction Juridique, Economique et Technique (JET)
Examen d’entrée en deuxième année
15 juin 2004
Thème
durée 2 heures, aucun document autorisé

La nouvelle Europe et ses défis

L’élargissement suscite des inquiétudes
Inédit par son ampleur, l’élargissement suscite autant de craintes qu’il pose de nouveaux défis. En premier lieu, le niveau de vie des nouveaux états-membres : il est plus faible qu’il ne l’était en Irlande, en Grèce ou au Portugal avant leur entrée dans l’Union Européenne. Le PIB moyen par habitant des pays de l’Europe centrale et orientale représente 40% de celui de l’Europe des 15. « Les écarts de richesse entre les régions les plus riches et les plus pauvres de l’Union Européenne se sont multipliés par deux avec le passage de l’Europe des 15 à celle des 25 », note Marjorie Jouen, chef du bureau « Union Européenne – Adhésions ».[…]
Une des priorités de l’Union Européenne est donc de réduire les disparités économiques entre nouveaux et anciens pays membres. Néanmoins, le coût de l’élargissement sera minime, car le montant des aides dont un état peut bénéficier est plafonné à 4% de son PIB. De 2004 à 2006, ce coût ne représentera, selon Günter Verheugen, que 3% des dépenses de l’Union.
Doit-on, par ailleurs, redouter une vague d’immigration des pays de l’Europe centrale et orientale après le 1er mai 2004 ? Certains états ont pris des mesures restrictives à l’encontre des travailleurs de l’Est, mettant à mal le principe de la « libre circulation des personnes » affirmé dans les traités. Pourtant, de l’avis des spécialistes, cette inquiétude semble infondée. L’élargissement a plutôt pour effet d’accroître la prospérité des nouveaux états-membres et, par conséquent, de permettre aux populations d’explorer les nouvelles possibilités offertes dans leur pays. Doit-on aussi craindre les délocalisations ? Là encore, Günter Verheugen se montre optimiste : les entreprises de l’Europe de l’Ouest investissent dans les nouveaux états-membres davantage pour y capter des marchés émergents que pour délocaliser leur production.
Surtout, la vague d’adhésions de 2004 donne naissance à un marché commun de 450 millions d’habitants, plus grand que celui des Etats-Unis. Par ailleurs, le potentiel économique des pays de l’Europe centrale et orientale et leur croissance supérieure à celle des 15 pourraient générer un impact positif pour l’ensemble des états-membres.

Valeurs Mutualistes, Mai 2004

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Version - Durée : 3 h. - Aucun document autorisé.
Option JET

But "Europe" is no longer a handful of exhausted nationstates clinging to the Atlantic shore, listening nervously for the sound of Soviet boots. These past two decades the European center of gravity has moved steadily east. As of May 1 the frontiers of the European Union now extend into the former Soviet Union, and the Atlantic has ceased to be the chief point of geographical reference. Europe today is bigger and richer than the United States. True, it lacks an effective defense force--but, then, since 1989 it has had no conventional enemies.

The United States, meanwhile, pursues an increasingly separate path. The American government's stance on everything from biological weapons, climate control and the International Criminal Court to the regulation of child labor or the protection of women's reproductive rights has alienated European allies while attracting an ill assortment of bedfellows from the nondemocratic world. Europe's failure to address the Balkan tragedy in its midst led American policyrnakers to rethink their mili-tary calculations; "unilateralism" was on the agenda well before the advent of Bush. Today, in the wake of the ill-judged American foray into Iraq and the unaccommodating rhetoric that preceded it, the gap separating the American world view from
that of most Europeans is larger than anyone can remember. But we should not be so surprised at these developments. Before World War II, America and Europe were not natural allies. Few in the 1930s spoke of "Western values," and "the West" was a purely geographical notion. To Americans and Europeans alike it did not seem odd, for example, that the United States entered World War II only in December 1941-and then only because Japan attacked it and Hitler imprudently joined in. In those days America and Europe were different worlds.

The two continents were separated by more than just an ocean. Within living memory America had been at war with various European states. It posed a serious economic threat even to its friends, notably Britain. The fact that Americans spoke English, or that their Constitution (like that of France) was rooted in the 18th-century Enlightenment, merely highlighted all the other differences. As for Americans, they typically regarded Europe as the prit (their own or someone else's) and understood themselves as moving away from the old Continent, not toward it. The contrast was sharply accentuated with the coming of the European welfare state, and only temporarily attenuated by the legislative programs of FDR's New Deal and Lyndon Johnson's Great Society.

In short, there was nothing inevitable about the transatlantic alliance. It came about because of the successive threats posed by fascism and the Soviet Union. Now, in the absence of these challenges, it is moribund and disintegrating. The alliance was the work of a generation of statesmen on both sides of the Atlantic whose shared anxieties (and common cultural backgrounds) trumped their countries' deeper differences. Today's policymakers share neither the common culture nor the common anxiety, and it is the differences that have moved once again to the fore. America looks anxiously at China; Europe worries about Turkey.


BY TONY JUDT

NEWSWEEK MAY 31, 2004